Ghandi

GHANDI, Artisan de la non-violence.

Le nom et le visage de Gandhi sont devenus familiers aux Occidentaux et, cependant, sa pensée et son action leur restent largement méconnues Généralement, ils nourrissent pour lui l'admiration lointaine que l'on porte volontiers aux personnages que la légende a auréolés d'un halo de sagesse. Mais Gandhi reste largement ignoré au milieu même de sa célébrité.

Au nom de Gandhi se trouve associé le mot de non-violence. Mais parce que l'idéologie de la violence nécessaire, légitime et honorable qui domine nos sociétés nous a donné une conception positive de la violence, nous avons le plus souvent une perception négative de la non-violence. Dès lors que la violence apparaît comme la vertu de l'homme fort qui a le courage de prendre les plus grands risques pour lutter contre l'injustice et défendre la liberté, la non-violence est considérée comme la faiblesse de l'homme lâche, résigné à subir le joug des oppresseurs et pactisant par avance avec les agresseurs.

 

 L'absence totale de mal-veillance

 

  Le mot non-violence est la traduction du terme sanscrit ahimsa employé dans les textes philosophiques de la littérature hindouiste et bouddhique. Ce mot est formé du préfixe négatif a et du substantif himsa qui signifie le désir de nuire, de faire violence à un être vivant. L'ahimsa est donc la prise de conscience, la maîtrise et le renoncement à ce désir de violence qui est en l'homme. "La non-violence parfaite, écrit Gandhi, est l'absence totale de malveillance" à l'encontre de tout ce qui vit. (...) Sous sa forme activée, la non-violence s 'exprime par la bienveillance à l'égard de tout ce qui vit. C'est l'amour pur"

 

Lâcheté, violence et non-violence

 

Ce que Gandhi a montré, non seulement par la parole mais surtout par l'action, c'est que, Si la violence est préférable à la lâcheté, la non-violence est une attitude plus courageuse que la violence. "Je crois vraiment, affirme-t-il en J920, que là où il n'y a que le choix entre la lâcheté et la violence, je conseillerais la violence. (...) C'est pourquoi je préconise à ceux qui croient à la violence d'apprendre le maniement des armes. Je préférerais que l'Inde eût recours aux armes pour défendre son honneur plutôt que de la voir par lâcheté, devenir ou rester l'impuissant témoin de son propre déshonneur Mais je crois que la non-violence est infiniment supérieure à la violence, que le pardon est plus humain que le châtiment. (...) La non-violence est la loi de l'espèce humaine comme la violence est celle de la brute. L'esprit est assoupi chez la brute et celle-ci ne connaît d'autre loi que la force physique. La dignité de l'homme réclame de lui l'obéissance à une loi supérieure, - à la puissance de l'esprit" (2).

Ainsi, opter pour la non-violence, c'est vouloir respecter la vie de tous les êtres vivants. C'est, pour cela, dire non à toutes les justifications de la violence qui font d'elle un droit de l'homme ; c'est délégitimer la violence.

Ainsi, pour Gandhi, la non-violence n'est pas seulement, elle n'est pas d'abord une méthode d'action, elle est une attitude, c'est-à-dire essentiellement un regard, un regard de bienveillance et de bonté envers l'autre homme. La non-violence est pour Gandhi un principe "Je crois, affirme-t-il, dans le principe de non-violence ' ("I believe in the principle of non-violence) (3)). Elle est selon lui le principe même de la recherche de la vérité. "La non-violence et la vérité, écrit-il, sont si étroitement enlacées qu'il est pratiquement impossible de les démêler et de les séparer l'une de l'autre. Elles sont comme les deus faces d'une même médaille ou plutôt d'un disque métallique lisse et sans aucune marque. Qui peut dire quel en est le revers et quel en est l'avers ? "

 

Apprendre à dire "Non"

 

 La recherche de la vérité sur le chemin de la non-violence exige de mettre en œuvre des moyens d'action qui soient en cohérence avec la fin poursuivie "Les moyens, affirme Gandhi, peuvent être comparés à une graine et la fin à un arbre; et il existe le même rapport intangible entre les moyens et la fin qu'entre la graine et l'arbre" (5>.

Selon Gandhi, ce qui fait la puissance de l'empire britannique aux Indes, ce n'est pas tant la capacité de violence des Anglais que la capacité de soumission des Indiens." Ce ne sont pas tant les fusils britanniques, affirme-t-il, qui sont responsables de notre sujétion que notre coopération volontaire" (6). Dès lors, pour se libérer du joug qui pèse sur eux, les Indiens doivent cesser toute coopération avec le gouvernement qui les opprime. "Le gouvernement, assure Gandhi, n 'a aucun pouvoir en dehors de la coopération volontaire ou forcée du peuple. La force qu'il exerce, c 'est notre peuple qui la lui donne entièrement. Sans notre appui, cent mille Européens ne pourraient même pas tenir la septième partie de nos villages.

La question que nous avons devant nous est par conséquent d'opposer notre volonté à celle du gouvernement ou, en d'autres termes, de lui retirer notre coopération. Si nous nous montrons fermes dans notre intention, le gouvernement sera forcé de plier devant notre volonté ou de disparaître" (7). "Une nation de 350 millions de personnes, affirme encore Gandhi. n 'a pas besoin du poignard de l'assassin, elle n 'a pas besoin de la coupe de poison, elle n 'a pas besoin de l'épée, de la lance ou de la balle de fusil Elle a seulement besoin de vouloir ce qu'elle veut et d'être capable de dire "Non", et cette nation apprend aujourd'hui à dire "Non" (8).

Gandhi pense que l'oppression subie par les Indiens ne vient pas tant de la méchanceté personnelle des Anglais que de la malfaisance du système colonial britannique. Dès lors, sa stratégie vise à la fois à "convertir" les Anglais, c'est-à-dire à tenter de leur faire prendre conscience de l'injustice qu'ils font subir aux Indiens, et à les "contraindre" en les privant de la coopération dont ils ont besoin pour assurer leur domination et sans laquelle ils deviennent impuissants. "Notre résistance à l'oppression britannique, assure-t-il, ne signifie pas que nous voulions du mal au peuple britannique. Nous cherchons à le convertir non à le battre sur le champ de bataille. Notre révolte contre l'autorité britannique est désarmée. Mais que nous convertissions ou non les Britanniques (c'est nous qui soulignons), nous sommes décidés à rendre leur domination impossible par la non-coopération non-violente. C'est une méthode invincible par sa nature même. Elle est basée sur la connaissance qu'aucun spoliateur ne peut parvenir à ses fins sans un certain degré de coopération involontaire ou forcée de la part de sa victime" (9).

 

 Le sens même de notre existence et de notre histoire

 

 Gandhi, en définitive, est un personnage fort complexe. "C 'était, affirmait Jawaharlal Nehru, un extraordinaire paradoxe que cet homme" (10). Gandhi est un intuitif et sa pensée, toujours en prise sur l'événement, présente souvent des contrastes qui heurtent nos raisonnements cartésiens et peuvent nous déconcerter. Ainsi lui arrive-t-il de se mouvoir entre un idéalisme moral quelque peu incertain et un réalisme politique très rigoureux. Nous ne saurions donc figer sa pensée dans un quelconque "gandhisme" qui se présenterait comme une doctrine fermée sur elle même. Il reste que l'apport de Gandhi est essentiel à la compréhension de la non-violence. Il y a un avant et un après Gandhi à la fois dans la réflexion philosophique sur l'exigence éthique de non-violence qui fonde l'humanité de l'homme. et dans l'expérimentation de la stratégie de l'action non-violente qui permet la résolution pacifique des conflits. Gandhi ne nous offre pas des réponses à répéter, mais il nous invite à poser avec lui des questions essentielles dont l'enjeu concerne le sens même de notre existence et de notre histoire. Et, comme lui-même a tenté de le faire en son temps, il nous appartient d'inventer ici et maintenant les meilleures réponses possibles.

 



Article ajouté le 2008-09-12 , consulté 167 fois

Commentaires



Poster un commentaire





http://





Merci de recopier le nombre présent à gauche dans la case de texte ci-dessous ( Pourquoi ? )





Liens

Voir les articles de la catégorie " Grande personnalité de l'histoire. "

Imprimer cet article

Retour aux articles